Ca y est, je trépignais en y pensant, voila enfin ma première sortie sur le terrain!

J’ai eu l’honneur d’accompagner l’ambassadeur à Cibitoke, province du nord du Burundi, prise en sandwich entre la RDC et le Rwanda. Il parait qu’à sa pointe, on peut voir les deux frontières à la fois, je n’ai pas eu la chance d’aller jusque là. C’est aussi la province des ananas par excellence. A la question de savoir où ils poussent exactement, la réponse d’un burundais est sans équivoque: “précisément, dans la campagne”. Reste que nous n’avons vu aucun champ malgré la précision de l’indication 😉

Bref, me voici à 8h avec mes bottines, un pull, ma gourde et mes galettes de riz, prête à monter dans l’énorme voiture blindée agrémentée du petit drapeau belge (un peu ridicule). L’escorte militaire est là, nous voilà partis! (amusant mais quel cirque tout de même…)

Qui dit visite officielle, dit rencontre du dirigeant local, heureux de vanter la sécurité et le bien-être de sa région. Même si “tout va bien dans le meilleur des mondes”, il nous sera possible dans la journée de néanmoins… comment dire…. entr’apercevoir au détour de certains chemins… certains… disons… euh… points d’amélioration!

Tout le protocole s’est joint à nous pendant la journée, j’étais la seule femme au milieu de 20 hommes. Voilà qui est idéal pour observer les choses et passer inaperçue. Pour les locaux, j’étais littéralement invisible, ou plutôt indigne d’intérêt! La visite a débuté par un centre de santé, au milieu d’une colline et d’un village paumé. Pour autant qu’on puisse appeler cela un centre de santé… 3 bâtiments accueillent un service de maternité, de consultations prénatales et de planning familial ; un service de consultations ambulatoires et le logement des infirmiers. Il a été ouvert en novembre et les couloirs sont déjà remplis. Pas de médecin, juste quelques infirmières qui relayeront les cas les plus graves vers les centres et hôpitaux plus gros de la région (à minimum 30 min de route). Quasi pas de matériel, tout au plus du désinfectant et une table d’accouchement. Et le comble : pas d’électricité et quasi pas d’eau ! La honte… L’idée avait été d’installer des panneaux solaires sur le toit mais visiblement la gestion des fonds en a décidé autrement. En tant que membre de la coopération belge, j’avais un peu envie de disparaitre ! Le travail de prévention est dur : par exemple, les moustiquaires distribuées pour prévenir le palu sont souvent réutilisées par les villageois en filets de pêche ou protection pour leurs cultures. La pauvreté est impressionnante…

Nous avons ensuite traversé quelques villages pour déboucher sur une magnifique vallée dans laquelle a été construite une prise d’eau (un barrage) qui permet de rediriger la rivière vers des canaux plus petits pour irriguer des champs. Quel plaisir de sortir un peu du bureau et de se retrouver les pieds dans la gadoue au grand air devant un paysage incroyable ! Le dirigeant local avait l’air un peu moins à l’aise dans son beau costume et ses chaussures en croco 😉

Après un diner un peu formel, nous sommes allés visiter un centre de formation professionnelle, dont l’objectif est de devenir autonome grâce aux revenus qu’il génère. Le centre est composé de plusieurs petits bâtiments accueillant chacun une discipline : menuiserie, apiculture, électricité, maçonnerie, transformation agro-alimentaire, plomberie, soudure… L’idée est que les élèves en agro-alimentaire cuisinent pour le centre, que la menuiserie crée les ruches, que les élèves maçons construisent les bâtiments, que le miel et des meubles soient vendus,… bref, une économie la plus circulaire possible. Le défi de trouver des formateurs compétents et de quoi les payer reste par contre présent. Le centre a aussi créé des partenariats avec des artisans qui accueillent des stagiaires et qui, en échange, peuvent « louer » du matériel et des équipements (machines à coudre…) à un prix avantageux sous forme de leasing.

Pour finir la journée, un petit détour par une école primaire, à la limite de la RDC, dotée de nouveaux bâtiments. Quel accueil, ça grouillait d’enfants partout, c’est là qu’on réalise que la démographie explose ici ! Je me suis aussi demandé comment font les élèves pour se concentrer devant un paysage si beau par la fenêtre ! Comme dans la plupart des écoles, l’enseignement est doublé et alterné le matin et l’après-midi : une partie des élèves vient le matin, l’autre l’après-midi afin de limiter le nombre d’enfants par classe (cela permet d’en avoir 40 ou 50 dans les classes au lieu de 80-100 en horaire complet). Pour les profs, ce sont de rudes journées…

J’espère pourvoir avoir accès aux photos prises par mes potes militaires pour vous les partager !

En attendant, gros bisous de Gaspard et à la prochaine!

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